mercredi 11 juillet 2012

Interview de Ben Stenbeck !

Autoportrait par Ben Stenbeck

En Nouvelle-Zélande, il n'y a pas que Peter Jackson qui apprécie les récits horrifiques. Ben Stenbeck en est lui aussi adepte. Avec Lord Baltimore, ce jeune dessinateur a trouvé l'occasion parfaite de mettre en images de sombres créatures, telles les morts-vivants et les vampires. Avec l'aide de Christoper Golden et de Mike Mignola, Stenbeck livre une série passionnante, montrant une étonnante maturité visuelle fortement inspirée par le style du créateur de Hellboy. Il fait dorénavant partie du cercle de l'auteur, à l'instar de Guy Davis et John Arcudi. Découvrez un auteur au futur prometteur...

PlaneteBD : Bonjour Ben Stenbeck, peux-tu te présenter ?


Ben Stenbeck : J'ai toujours voulu dessiner des bandes dessinées. Je dessinais depuis l'Université sans pour autant les imprimer. Je m'entrainais, en quelque sorte. Cela m'a pris un moment avant de devenir professionnel, surtout en Nouvelle-Zélande où je vis. Je suis venu 3 fois au San Diego Comic Con avant qu'un de mes travaux ne sortent. La première fois que j'ai été payé pour mon travail a été une histoire de 10 pages sur Buffy. Je me suis complètement planté dessus et je suis parti dans les jeux vidéo durant 2 ans. Après, je me suis senti enfin prêt à réessayer de faire des comics et j'ai eu ma première série très vite. Elle s'appelait Living with the dead. C'était le livre parfait pour commencer et j'ai appris beaucoup dessus.
PlaneteBD : Comment décrirais-tu ton style ?

BS : Je ne sais pas. Je suis très mauvais pour parler de mon travail. Je pense que sur Lord Baltimore, j'ai vraiment travaillé sur les atmosphères qui étaient importantes pour moi. Je veux que les lecteurs qui ouvrent cet album soit immédiatement happés par ce monde affreux. J'espère que chaque partie en bois ou en pierre participe à cela. Et puis il y a aussi Dave Stewart qui fait un travail fantastique sur la colorisation. Il réussit à faire de Lord Baltimore un lieu maudit. Je ne sais pas si ça définit vraiment mon style. Je viens de l'illustration commerciale et j'ai appris à adapter mon style selon ce qu'on me propose. Si vous regardez Living with the dead, j'ai un style très cartoon. Je suis autodidacte et j'ai toujours tout dessiné.
PlaneteBD : Quelles sont tes influences ?

BS : J'aime les films d'horreur de la fin des années 70 à la fin des années 80, une période bénie à mes yeux. Ces films m'ont beaucoup influencé. J'apprécie aussi les scénaristes Mike Mignola, Lovecraft, M.R. James, Wade Wellman, William Hope Hodgeson. J'aime cette horreur surnaturelle. Les idées qu'ont eu ces auteurs étaient toutes plus captivantes que ce que l'on trouve aujourd'hui dans le genre. Au niveau des bandes dessinées, je pourrais bien sûr énumérer tous mes artistes favoris. Je vais juste citer ceux qui m'ont obsédé : Geof Darrow, Jim Woodring, Al Columbia, Moebius, Liberatore, Simon Bisley, Katsuhiro Ottomo, Guy Davis, Bernie Wrightson, Dave Cooper... En ce moment, je suis à fond sur le travail de James Harren. Il a seulement 25 ans et un talent incroyable.


Extrait de Witchfinder : In The Service of Angels.

PlaneteBD : Tu évoquais Living with the dead, un album avec des morts vivants. Juste avant, tu as réalisé un court métrage intitulé Zombie movie...


BS : Oui ! Je me rappelle qu'en 2000, personne ne faisait de films ou de bandes dessinées sur les zombies. Alors je me suis lancé. Depuis, la mode des morts-vivants a envahi le monde. J'ai fait également une bande dessinée qui s'appelle Over my body dead avec mon pote Tim Molloy (un autre auteur de BD néo-zélandais) en 2001. Cela n'a jamais été publié, mais à force de le montrer à des éditeurs, cela m'a permis d’illustrer Living with the dead. J'adore les zombies mais je pense que le genre a énormément perdu depuis que certains ont oublié que les meilleurs récits de genre sont ceux dans lesquels les morts-vivants sont peu présents.


PlaneteBD : En 2009, tu as débuté Witchfinder avec Mike Mignola. Comment l'as-tu rencontré ?


BS : Je venais de terminer Living with the dead. Je regardais des annonces d'emploi, pensant que personne ne me proposerait de refaire des comics. Scott Allie (l'éditeur de Mike) était aussi mon éditeur sur Living with the dead. Un jour, j'ai reçu un e-mail de sa part où il disait : « Mike m'a dit qu'il voulait faire un truc avec ce mec-là, ce Ben Stenbeirg ». Il avait vu mon bouquin et l'avait aimé. Ils m'ont demandé de dessiner Ectoplasmic Man pour faire un essai et ils ont aimé. J'ai eu beaucoup de chance. J'avais imaginé qu'il m'aurait fallu 10 à 20 ans de carrière dans les comics avant que quelqu'un s'intéresse à moi et je n'aurais jamais imaginé que Mike Mignola me demande de dessiner pour lui.
PlaneteBD : Comment travailles-tu avec lui ?

BS : Au début, il me donnait beaucoup d'indications, puis de moins en moins. Aujourd'hui, Mike doit me donner une ou deux indications par page. Je fais toujours des brouillons que je lui envoie et ensuite, on s'appelle pour voir si cela convient. Parfois, il me dit de changer une bricole, voire carrément une page entière. C'est un énorme privilège d'être en mesure d'apprendre avec quelqu'un comme lui.
PlaneteBD : Witchfinder se déroule dans le même univers qu'Hellboy, connaissais-tu la série ?

BS : Oh oui vraiment. J'ai toujours été un énorme fan de Mignola quand j'étais jeune. Je me souviens encore de la fois où je suis venu dans ma librairie et où je me suis dirigé vers une couverture sublime qui était celle d'Hellboy. Depuis, je l'ai toujours suivi. A un moment, mon intérêt pour la bande dessinée a diminué et il y a eu B.P.R.D. et la saga Le fléau des grenouilles. Cela m'a rappelé que les comics pouvaient être brillants, et John Arcudi a brillamment prolongé la série.
PlaneteBD : Tu as ensuite poursuivi avec Mike Mignola sur Lord Baltimore. Etait-il difficile d'adapter ce roman de Christopher Golden ?

BS : Je n'ai pas lu le livre une seule fois lors de la réalisation de l'album. J'avais peur de trouver des choses différentes de celles qu'on me demandait de dessiner et dont je me rappelais lorsque je l'avais lu auparavant. J'ai donc laissé le roman et je ne me suis penché que sur mon dessin. C'était difficile, parce que j'ai tout fait pour être le plus fidèle possible au récit. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais si ce n'était pas le cas, j'en serais le plus déçu. En tout cas, pour le second album, cela a été plus simple de se mettre dedans.


Extrait de B.P.R.D. : The Ectoplasmic Man.

PlaneteBD : Que peut-on espérer dans ce second Lord Baltimore ?


BS : Le glas des damnés est une histoire encore plus sombre. Il y a une atmosphère vraiment oppressante. Cela se rapproche des films d'horreur de la Hammer. Le livre suivant sera composé de courtes histoires. Je viens juste d'en terminer la première, Le remède du Docteur Leskovar (Dr. Leskovar's Remedy en V.O), qui est totalement folle et remplie de monstres.


PlaneteBD : Ton style dans Lord Baltimore est très proche de celui de Mike Mignola...


BS : J'étais déjà sous l'influence de son style et à présent, j'ai appris tellement de lui, en storytelling notamment. Donc je ne peux pas échapper à cette comparaison. Lorsque nous parlons tous deux de la narration, je remarque qu'on partage souvent des points communs. Mais bien évidemment, Mike est juste à cent mille lieux de moi.
PlaneteBD : Connais-tu un peu la bande dessinée française ?

BS : Bien sûr, je connais Mœbius et j'ai toujours aimé ce qu'il a fait. Je l'ai même rencontré à San Diego en 1997. Je lui avais parlé et il y avait Jodorowsky à côté, ils 'ont encouragé à dessiner ! C'est un des moments forts de ma vie. Il y a eu aussi la rencontre avec Mignola, bien sûr. Je suis très triste de la disparition de Mœbius, c'était vraiment un génie. Et puis récemment, on m'a fait parvenir quelques albums français avec du Boucq, du Pierre Alary et du Michel Plessix. Ils sont stupéfiants. Le travail réalisé sur vos bandes dessinées est parfois intimidant. Le travail est à un autre niveau. Vous avez des artistes de très haut niveau !
PlaneteBD : Cela te plairait de travailler sur le marché européen ?

BS : J'aimerais beaucoup. Cela m’intéresserait bien plus que de dessiner des super héros. Pour l'instant, je suis très heureux de travailler avec Mike Mignola. Il a planifié plein de choses pour moi dans les prochaines années. Je suis à présent un des dessinateurs réguliers de Mike !
 
Extrait de Baltimore : The Plague Ships.

PlaneteBD : Quels sont tes futurs projets ?


BS : Toujours plus de Lord Baltimore ! Je dessine aumoins la série pour les 2 prochaines années. Je ne peux pas encore vous dire ce que Mike a prévu pour moi, c'est un secret ! Et d'ici à ce que ça arrive, les choses peuvent changer. C'est un personnage qui a apparu une seule fois, jusqu'ici. Je suis déjà très excité à l'idée de le dessiner ! J'ai aussi un projet personnel pour le futur, une histoire de science fiction que j'ai imaginé juste après avoir vu La cité des enfants perdus. J'ai été obsédé par ce film pendant des années. Mais je suis encore loin d'avoir débuté ce projet, c'est encore bien vague.


PlaneteBD : Serais-tu tenté de dessiner d'autres super héros ?


BS : Honnêtement, je n'ai jamais vraiment compris les super héros. Pourtant, ils ont l'air terribles quand on les dessine. J'aime bien Batman. Je ne pense pas dessiner un jour ce genre d'histoires, cela ne me parle pas. Mais qui sait, peut-être qu'un jour cela changera.


PlaneteBD : Es-tu un lecteur de bandes dessinées ?


BS : J'aime tout ce qui est bien fait. Tout ce que fait Mike Mignola. Il y a aussi Akira, Age of reptile, Shaolin cowboy, Hard boiled... Et aussi les comics d'horreur de Bernie Wrightson. Des choses absolument magnifiques.
PlaneteBD : Si tu avais la possibilité de visiter le crâne d'un autre auteur pour en comprendre le génie, qui irais-tu visiter ?

BS : Milton Caniff, car il savait dessiner tout ce qu'il voulait.

Extrait de Baltimore : Dr. Leskovar's Remedy.

PlaneteBD : Si je t'offrais un super pouvoir, lequel voudrais-tu ?


BS : Pouvoir boire et manger en illimité sans grossir ! Ou alors pouvoir lancer des lasers avec mes yeux !
PlaneteBD : Si tu n'avais pas fait de comics, que serais-tu devenu ?

BS : Je me sentirais misérable. Je me serais peut-être lancé dans la paléontologie ou l'anthropologie. Ou dans la charcuterie ! J'adorerais faire de la charcuterie.
PlaneteBD : As-tu un message pour les lecteurs français ?

BS : Merci de lire Lord Baltimore ! Je sais que la série s'améliore au fur et à mesure donc j'espère que vous continuerez à la lire. Je viendrais peut être vous voir un jour pour que l'on se rencontre et qu'on en parle. Mais pas tout de suite, j'ai du boulot !

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