samedi 10 septembre 2011

Hellboy, un collage qui fait penser.


Hellboy est-il un super-héros ?
La question, si elle nous est posée, provoquera peut-être une courte hésitation mais c'est oui, oui que nous répondrons. Oui, Hellboy est un super-héros.
Mais il n'a pourtant pas de double identité diront certains esprits chipoteurs, une double identité indispensable au genre, insisteront les pinailleurs, car, si les super-pouvoirs ne sont pas absolument nécessaires (Batman en est dénué), si le masque n'est pas radicalement obligatoire (Superman n'en porte pas), la double identité, elle, se pose comme une condition fondamentale et incontournable du super-héros.
Soit. Allons voir de plus près. Allons voir jusqu'à son nom. Hellboy.
Dans son nom même se trouve contractée cette fameuse double identité exigée. Hellboy signifie «Garçon des Enfers ». Il est donc humain et démonà la fois. Quant à son design, les cornes renvoient à ses origines infernales. Mais elles sont brisées ces cornes, acte volontaire du personnage, acte qui renvoie, lui, à son humanité.
Double identité condensée mais double identité avérée !


Regardons de plus près encore.
Hellboy est rouge et cornu. Ces particularités ne vous rappellent-elles pas celles d'un avocat aveugle et acrobate casse-cou, aux sens hyper-développés? 
(Qui a dit Daredevil ?)
Sa main droite est de pierre et ne possède que quatre doigts. Cette spécificité ne vous rappelle-t-elle pas le membre le plus truculent des Fantastic Four? 
(Qui a dit The Thing ?)
Et cet énorme pétoire qui pend à sa ceinture et avec laquelle il décime des légions de morts-vivants et autres goules, ne vous rappelle-t-elle pas le gros flingue d'un certain Frank Castle avec lequel il extermine autant de dealers et autres mafieux ?
(Qui a dit The Punisher ?)
Ainsi, Hellboy apparaît comme une sorte de condensé de super-héros à la Marvel ou DC comics.
Et du reste, il est bien assimilé comme tel par auteurs et lecteurs puisqu'il accompagne, dans un excellent cross-over signé Robinson et Mignola, deux autres super-héros estampillés: Batman et Starman.
C'est entendu, Hellboy est donc un super-héros.


C'est entendu et pourtant, nous sentons bien confusément que Hellboy n'est pas un super-héros comme les autres, nous percevons vaguement comme une différence, comme une discordance qui le distingue irréductiblement de ses collègues costumés.
Mais c'est tout simplement parce que Mike Mignola a opéré pour la plus célèbre de ses créations ce que les philosophes appellent un « collage ».
Le collage est le rapprochement inattendu d'images, idées ou concepts différents voire anachroniques. Rapprochement inattendu et qui provoque en général la pensée (Georges Didi-Huberman nomme le procédé « connaissance par les montages »). Ainsi, confrontez l'image iconique de Marilyn Monroe et la pensée philosophique de Platon et vous obtiendrez une théorie originale et pertinente du cinéma.
Ici, Mignola a confronté un motif archétypal de super-héros (Hellboy) à un univers diégétique lovecraftien où paranormal et légendes anciennes s'entremêlent (là où le super-héros classique évolue traditionnellement dans un milieu urbain réaliste et contemporain).
Un collage génial et inédit dans les comics. Un collage qui nous interpelle. Qui nous intrigue... Et qui nous fait penser.

Bernard Dato

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